Les poissons souffrent-ils ? That is the question !

Dans la lignée des études sur la souffrance animale et portée par des mouvements associatifs de protection animale, la question du ressenti de la douleur chez les poissons refait régulièrement surface. Ainsi, en Suisse, la Commission fédérale d’éthique pour la biotechnologie dans le domaine non humain (CENH), estime dans un rapport publié en décembre 2014 qu’il n’existe aucune bonne raison de conclure que les poissons seraient insensibles à la douleur » en reconnaissant toutefois l’absence de certitude absolue quant à leur sensibilité et à leur douleur » ce qui évidemment prête à réflexion sinon à rire s’agissant d’un document élaboré sur la base d’études scientifiques.
C’est pourquoi, sous la pression de groupes antiscpecistes, la Suisse a légiféré en la matière et les pêcheurs qui pratiquent le « no kill » aujourd’hui violent la loi pour des raisons de souffrance animale (1). Notons tous de même le paradoxe suisse, à savoir qu’il n’est pas interdit de remettre un poisson à l’eau si des considérations écologiques le justifient. Qui plus est le pêcheur amateur a en Suisse, selon la liberté de commerce, le droit de vendre sa pêche !

 
Plus récemment, en mars 2018, sur notre territoire c'est une véritable « attaque » sur la pêche de loisir qui a été lancée par un groupement d’association de protection animale et une élue parisienne à grands coups de communication : pétition, tribune publiée par le site Sciences et Avenir, annonces vidéos sur les réseaux sociaux, et vaste campagne d’affichage dans le métro parisien. L’objet, l’interdiction pure et simple de la pêche à Paris, en se basant sur le constat que le poisson n’est pas consommable et qu’il est donc inutile de le faire souffrir gratuitement (2). Le « catch and release » est pointé du doigt en se basant sur une une étude internationale selon laquelle jusqu’à 90 % des poissons rejetés à l’eau, selon les espèces, meurent dans les jours suivants.

Mais les poissons souffrent-ils réellement ?
Les avis sur le sujet divergent et les réponses sont parfois diamétralement opposées. Jusque dans les années 1980, il était communément admis que les poissons se comportaient comme des machines et ne réagissaient à leur environnement que de façon réflexe. En 2003, une expérience réalisée par une équipe de l'Université d'Édimbourg concluait que les poissons pouvaient ressentir la douleur. Ils ont découverts que les truites arc en ciel possèdent 58 récepteurs sur leur tête qui réagissent à des stimulis chimiques et électriques Des truites arc-en-ciel s'étaient vu injecter dans les lèvres une solution acide et avaient alors montré un comportement suggérant la douleur (frottements, déplacements anormaux...).
Pour Culum Brown, de l’université de Macquarie à Sydney, en Australie, il serait même tout à fait impossible, pour les créatures marines, "de survivre dans leur milieu hostile s’ils étaient insensibles à la douleur".
A l’inverse, en 2012, une étude dirigée par le Pr James Rose de l'Université du Wyoming est publiée dans la revue Fish and Fisheries suggère que les poissons ne ressentiraient pas vraiment la douleur pour la simple et bonne raison qu’ils ne possèdent pas les structures nerveuses adéquates. Ils ont en effet montré que le néocortex du cerveau des poissons est insuffisamment développé pour ressentir la douleur. Les poissons possèdent bien des nocicepteurs (récepteurs sensoriels de la douleur) mais ces derniers seraient en nombre insuffisant pour entraîner une sensation consciente de la douleur. Les réactions observées par l’équipe écossaise relèveraient non pas de la douleur, mais d’un simple réflexe mécanique de défense.
Dans le rapport du CENH ? Jean-Marc Neuhaus, biologiste à l’Université de Neuchâtel explique quant à lui que l’absence de ces structures nerveuses ne permet pas pour autant d’affirmer que les poissons sont des animaux insensibles : « L’origine évolutive de la douleur demeure mystérieuse. Il n’est pas impossible que les poissons, ou d’autres espèces, la ressentent grâce à des structures différentes de celles des mammifères ».

Force est donc de constater que la souffrance des poissons reste une question discutée. Mais les conflits autour de cette polémique ne sont t’ils pas un simple conflit social inutile propulsé par une vague anthromorphique ?
Il est en effet plus confortable intellectuellement de prétendre que le pêcheur est cruel et qu’il fait souffrir le poisson que de s’attaquer au véritable problème du bien être de ce dernier : qualité des milieux aquatiques, continuité écologique, biodiversité, etc.

Encore une fois, ne nous trompons pas de combat !
 


(1) Le no kill est également interdit en Allemagne sur des poissons maillés.
(2) Vœu émis par Danielle Simonnet pour l’interdiction de la pêche à Paris au Conseil de Paris et rejeté lors des séances qui se sont tenues du 21 au 23 mars.

Réaction de la FNPF suite au vœu de Mme Simonnet.

Commentaires

  1. Le poisson souffre-t-il ?That is the question !
    La réponse n'est pas aisée car les conclusions des scientifiques sont contradictoires . Au vu de mon expérience de pêcheur je serais tenté de dire non ou peu. Mais de là à conclure que la pratique du No Kill est inoffensive il y a un pas que je ne franchirai pas. Le No Kill tue, notamment à cause de l'acide lactique sécrété par le poisson au cours de la lutte. Selon l'étude que vous avez citée 9 poissons sur dix passeraient de vie à trépas. C'est ahurissant ! Mais gageons qu'une autre étude, tout aussi sérieuse, saura apporter un démenti... Le regard le plus objectif est peut-être celui des pêcheurs eux-mêmes. Certains d'entre nous ont constaté chez les truites remises à l'eau un comportement erratique : un refus de se nourrir et même une incapacité à se reproduire. Imaginez alors les dégâts qui seraient provoqués par un No kill généralisé !
    Personnellement, parce que j'ai conservé une âme de pêcheur et que je n'ai pas celle d'un joueur voici comment je procède : je conserve mes poissons et me donne une limite beaucoup plus basse que le maximum autorisé dans nos gaves ( dix !) qui peut aller de une à quatre prises selon la richesse de la rivière. Si les dieux de la pêche sont avec moi et que la limite est atteinte, et parfois même si elle ne l'est pas, je cesse toute activité halieutique ! Et je rêve, j'admire la rivière et ses habitantes et me fond dans cette nature qui nous est si chère. En fait au lieu de pratiquer le No Kill je suis plutôt un adepte du No Game. Telle est ma philosophie. Elle vaut ce qu'elle vaut mais une chose est sûre . Pour redonner à nos rivières leur vie d'antan ou au moins éviter qu'elles ne sombrent davantage il faudra une volonté politique forte et même changer de modèle économique !



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