Réchauffement et pathologie : le cas du PKD sur l'Ariège

Suite au constat d'une nette diminution des populations de truites dans la rivière Ariège en aval d'Ax-les-Thermes, des recherches menées sous l'égide de la FDP 09 par différents prestataires (BIOMAE, ECOGEA, EcoLab, A. Lautraite, vétérinaire) ont permis de révéler en 2016 la présence de la PKD (proliferative kidney disease) ou maladie rénale proliférative (MRP).
Les résultats de 2017 sur la haute Ariège confirment l’absence de la maladie sur la Lauze à l’amont de la chaussée (proche de la confluence), sur l’Oriège à l’amont du barrage de Campauleil, et sur l’Ariège à l’amont de la confluence avec l’Oriège. Ce sont donc 57 kms sur l'Ariège qui sont infectés, de la confluence avec l'Oriège à Varilhes, 2 km sur l'Oriège, à l'aval du lac de Campauleil et 85 m sur la Lauze, à l'aval de la chaussée proche de la confluence avec l'Ariège.
Récemment, un courrier cosigné par l’APRA Le Chabot, le Comité Ecologique Ariégeois, le Collectif Clubs Mouches 31 et l’ANPER a été envoyé à la préfète de l’Ariège sur le sujet en demandant qu'une information soit faite au public sur les risques de dissémination de ce parasite et sur les précautions à mettre en œuvre pour limiter son expansion.

Diagnostiquée en Europe en Suisse en 1979, ce n'est qu'en 1999 que des chercheurs anglais ont réussi à déterminer la cause de cette maladie, un parasite microscopique, le Tetracapsula bryosalmonae, dont le cycle de vie complet n'est pas connu avec notamment la possibilité d'un hôte intermédiaire.

Cycle de vie de Tetracapsuloides bryosalmonae (reproduction: SLS Nadler, Küsnacht)

Le parasite se développe dans des bryozoaires, de minuscules invertébrés. Les spores libérées dans l'eau pénètrent par les branchies et les muqueuses dans les poissons, notamment les salmonidés. S'ils n'ont pas trouvé d'hôtes avant 48h, le parasite ne survit pas. La température de l’eau joue un rôle essentiel dans le cycle de développement de ce parasite qui se propage lorsque celle-ci atteint 9 °C.  Il semble que ce n'est qu'a partir de températures supérieures à 15°C, pendant deux à quatre semaines, que les premiers symptômes de la maladie apparaissent avec une réaction inflammatoire aiguë (fort gonflement des reins, renflement du ventre, yeux saillants, éclaircissement des branchies, ...) qui entraîne la mort dans 10% à 90 % des cas en milieu défavorable.
En pisciculture, le PKD peut provoquer l'anéantissement complet des jeunes truites d'une année à l'autre. En milieu naturel, son effet sur les populations des salmonidés n'est que peu connu mais on peut supposer que l'influence de la maladie sur les truitelles peut être très importante. Selon les connaissances actuelles, une résilience partielle (après 12 à 15 semaines), voire totale (après 20 semaines), pourrait également se produire ainsi que le développement d’une résistance immunitaire. Aucun traitement efficace n'est pour le moment connu mais l’impact de la PKD peut être réduit en maitrisant le réchauffement de l’eau (augmentation des débits réservés), la charge organique dans le milieu qui favorise le cycle (phosphates et azote), le contrôle très strict des poissons faisant l’objet de repeuplements, le stress des poissons...

Cette maladie est donc directement liée directement au milieu environnant et exige aussi bien la présence de bryozoaires comme hôte qu'une température de l'eau élevée ; c'est ainsi qu'elle disparaît en hiver et se propage principalement en été. Mais l’augmentation de la température de l'eau, liée au réchauffement climatique et accentuée notamment par les installations hydroélectriques, est aujourd'hui une réalité qui pose des problèmes pathologiques d'envergure sur les populations piscicoles ... et en posera certainement de nouveaux dans un avenir proche ! 

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