La pêche à l’asticot, quoi de plus beau ?

 Discours du Président de la FDP 31 en 2011

Autrefois autorisé dans nombre de départements, l’asticot est aujourd’hui banni dans presque toutes les rivières en première catégorie hormis sur quelques grands et moyens cours d’eau pyrénéens ...et encore pas tous. Mais pourquoi donc ?

Pratique vraisemblablement originaire des vallées pyrénéennes et plus particulièrement du Comminges, les plus grandes figures de la pêche au « toc » ont utilisé et utilisent encore l’asticot. Tous et bien d’autres sont unanimes pour l’élever à une des techniques de pêche au toc les plus difficiles et subtiles qui soit.
Mais peut-on d’ailleurs vraiment parler de « toc » pour l’emploi de l’asticot comme appât ? Ce terme générique, utilisé très couramment et bien souvent par des non initiés, est non seulement usurpé mais restrictif : ici la touche franche n’existe pas, elle ne se fait sentir par aucun « toc » mais sa détection est visuelle sans quoi elle mène généralement à un " raté ".
Pourquoi ? Tout simplement parce que contrairement à un certain nombre d’idées préconçues, la truite est très méfiante envers cet appât, et d’une manière plus générale elle est aussi de plus en plus éduquée. Elle ne le prendra donc, et encore du bout des lèvres, qu’après l’avoir suivi pendant quelques mètres, vérifié que la dérive est « naturelle », et l'examiné sous toutes les coutures.
Une truite - nous parlons ici de truite « sauvage » et non de « bassine » - leurrée avec un asticot en guise d’appât n’engamera donc jamais ou très rarement. Si c’est le cas, c’est bien souvent un problème de tension qui en est la source : cette pêche doit et se pratique ligne tendue avec ferrage immédiat. En ce sens, quoi de bien différent avec d’autres techniques comme la PALM, la NAV ou encore la NAF par exemple.

Piquée à la commissure des lèvres...

L'asticot peut être utilisé en toute saison mais il demeure surtout efficace lors des étiages. Par eaux basses et claires, cette pêche atteint son paroxysme. Il conviendra alors de « pêcher fin », voire très fin. Un 10/100ème est monnaie courante, certains pratiquants n’hésitant pas à descendre en 8/100ème. Question hameçon, un fin de fer nickelé ou bronzé n°14 à 18, esché avec un ou deux asticots est de mise. La plombée doit être particulièrement soignée sans hésiter à la modifier selon les conditions du moment, le poste (étalée ou regroupée, plomb de touche...).

Placer correctement un asticot sur l’hameçon est capital ; mal présenté ou sans vitalité, la truite le dédaignera ou au mieux sera « manquée ». Il faudra donc l’enfiler sans le vider en le piquant par la pointe (l’avant) en exerçant une légère pression (ou mieux en l’humidifiant légèrement). On le remonte ensuite, toujours en gardant une légère pression, vers la palette puis au-dessus en prenant la pointe entre le pouce et l'index. Afin de ne pas le vider en effectuant cette action, le nœud sur l’hameçon ne doit pas gêner et maintenir en place l’asticot, le nœud type pyrénéen ou le nœud tarbais étant parfaitement adaptés à la situation. Dans le cas de l’utilisation d’un second asticot, on le piquera simplement et très délicatement par l’arrière entre les deux « yeux ».

Eschage à un ou deux asticots



L’appât doit toujours se présenter en premier, à la bonne profondeur et la bonne vitesse. Il convient de maîtriser la « lecture de l’eau » pour présumer de la position du poisson afin d’éviter de pêcher dans le vide. La pêche à l’asticot est une pêche rapide : il faut être en capacité d’avoir un taux élevé de coups de ligne utiles susceptibles d’apporter la touche ! Détecter la touche est le plus délicat : quand la truite décidera de prendre l'asticot, elle se laissera descendre à la vitesse du courant. Une personne non avertie ne verra rien jusqu'à ce que l'appât soit recraché ou soufflé par le poisson qui aura perçue l’anomalie. Vous aurez alors perçu un petit "grigri" ou même rien parfois. En ramenant votre ligne vous inspecterez votre asticot qui sera « égratigné ».
Déceler une touche alors que rien n'est perceptible, ferrer intuitivement, c'est là toute la beauté de cette pêche qui met en éveil un « sixième sens »...Il n'y a que cette technique qui peut procurer une telle sensation !

Canne haute, ligne toujours tendue et ferrage immédiat

Les râpes : des postes fabuleux à pêcher à l'asticot
Nous ne parlons pas ici de cette pêche tant dénoncée avec un sac à appâts plein à craquer et des « arrosages » tel une averse de grêle sur l’eau, car il ne faut pas se voiler la face, cela existe encore, comme bien d’autres formes d’excès. La question est de toute façon close : tout amorçage avec des asticots ou des larves de diptères est interdit en première catégorie, tout amorçage visant les salmonidés n’est d’ailleurs pas dans « l’esprit de la loi » (communication : O. Plasseraud FDP31).

Nous parlons donc ici d'une pêche à l'asticot "réglementaire" pour laquelle 1/4 de litre suffit à pêcher une journée entière. Cette technique ne supportant pas l'à-peu-près, il faut veiller à ce que la présentation soit toujours bonne, la plus naturelle possible. C’est pourquoi, on doit souvent, très souvent, changer l’appât, généralement toutes les 4 ou 5 coulées, voire moins. Si vous êtes un bon "ligneur", combien de coups de ligne sont effectués sur 8 heures de pêche ? Disons entre 3 et 4 à la minute en moyenne, plus de 200 à l'heure, soit près de 2000 coups de ligne dans une journée, ce qui signifie d’avoir en réserve une certaine quantité d’asticots (au minimum entre 500 et 1000 selon que l’on esche à un ou deux asticots).

L’asticot français (Phormia Terrae Novae) est le plus commun mais il est souvent de petite taille et trop « brillant ». Le gozzer (Calliphorce Vomitica), plus gros et très réactif au contact, reste le plus utilisé. C’est d’ailleurs une spécialité des appâts Michel, société installé en bord de Garonne à Villeneuve-de-Rivière.

Mais que n’a t’on pas dit sur ce fameux asticot : une véritable gangrène à truite ?
« L’asticot dévore les truites de l’intérieur » : telle est l’ineptie la plus souvent entendue. Basée sur aucune étude scientifique sérieuse, les truites sont, comme tous les poissons, dotées d’un appareil digestif comprenant des sucs gastriques à même de valoriser cet appât, d’ailleurs très riches en protéines.
Aucune justification non plus sur l'appétence des truites, qui se « jetteraient » comme des folles sur cette proie. Sauf cas ou événements particuliers, il y a bien longtemps qu’on ne trouve plus de cadavres d’animaux en décomposition le long des berges. L’asticot n’a donc plus rien de naturel dans les milieux aquatiques !
Concernant l’interdiction de son utilisation en première catégorie, il reste une question en suspens : comment est-il possible d’interdire l'emploi d'un insecte à l’état de larve alors que l’adulte, la mouche en l’occurrence, est autorisé ? Appât, s’il en est, tout aussi redoutable que l’asticot, voire plus, lorsqu’il est bien mis en pratique : "Ce n'est pas lui, le "fils", qui est dangereux, c'est sa "mère", la mouche !" (Léon Foch, "Avec Dame Truite" 1961).

Asticot ou pas : que peux t’on en conclure ?
L’image du pêcheur « asticotier » est encore bien présente quand on ose simplement aborder la pêche de la truite à l’asticot. Et pourtant, cette technique si décriée, avec des arguments plus fallacieux les uns que les autres, méritent sans aucun doute toutes ses lettres de noblesse.
La pêche aux leurres (cuillère, PN) joue sur l'agressivité de la truite. La mouche sèche profite souvent d’éclosions, la pêche à l’asticot provoque naturellement l’envie de s'alimenter.
C’est une des pêches les plus fines et les plus sensibles qui existe. Ce n’est pas une technique facile, ce n’est pas une pêche d’amorçage. Elle demande une grande expérience et beaucoup s'y « cassent régulièrement les dents », même les plus aguerris. Essayez et on en reparlera !

Mais encore une fois, ne nous trompons pas de combat, ce n’est pas l’utilisation de l’asticot ou je ne sais quel autre appât ou technique qui sont la plaie de nos rivières. Interdire en la matière est contre productif et projette une vision élitiste de la pêche de la truite.

Commentaires

  1. Merci pour cet article Fabrice ...

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  2. Tout à fait d'accord sur c'est exposé , la pêche à l'asticot bien pratiquée est certainement une des plus fine et difficile sur truites sauvages ou introduites à l'état d'alevins , oeufs ou à résorbtions ( je ne parle pas des poissons de bassine qui se jettent sur tout ce qui bouge ) pour preuve les contrôles paniers réalisès par la fédé il y a 4/5 saisons donnaient une moyenne d'environ 1 poisson / pêcheur ( hors zones de lâcher de surdensitaires avec leurs abus ).
    Petite remarque , le bifteck ne me perce pas plus l'estomac que les asticots celui des truites qui les digèrent très bien .

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