"Ma plus belle truite" : Robert Menquet

"Des grosses truites j'en ai eu, mais pour moi ce qui compte c'est le plaisir que donne la pêche en général, même si je recherche les grosses." R. Menquet
Robert nous propose donc ici non pas un récit sur sa plus belle truite mais sur une matinée "classique" vécue il y a quelques années en Bretagne.
Voici donc en avant première un extrait de son prochain livre : "SOUVENIRS D'UN COUREUR DE BERGES - TOME 2" qui paraîtra en fin d'année en principe.

Haute Penzé

Il pleut, il pleut même beaucoup. Depuis deux jours cela ne cesse pas, la Penzé à montée et je ne peux au vu des niveaux aller pêcher dans les parcours du bas en dessous de Trévilis. Ils sont trop hauts, trop sales et trop forts.
Je me décide donc à laisser les migrateurs tranquilles. Je vais remonter vers la source, en amont de Pont Ar Roz pour tenter de capturer quelques jolies truites dans les bordures en pêchant au toc, avec ces conditions hydrologiques ce secteur m’a toujours été favorable à cette saison.
La route me conduit rapidement en aval du  lieu-dit le « Lit d’Eau »,  un secteur connu. Dès mon arrivée, je stationne mon véhicule l’endroit habituel. Il est presque huit heures. J’en profite pour aller jusqu’au four du boulanger « Canevet »  implanté dans une ancienne ferme et acheter un de ces pains fabuleux qu’il produit et cuit au feu de bois, comme ça pour le repas du midi je suis paré.
Le matériel étant toujours prêt dans ma voiture, une fois chaussé des cuissardes indispensables dans les prairies bien imbibées et revêtu de mon « imperméable lourd » je descends vers l’ancien « pont Gaulois » pour attaquer la rivière dans sa partie amont.

Le secteur lors d'une légère crue
Tient ! La pluie à l’air de diminuer ? Le ciel est toujours chargé de nuages noirs poussés par le vent de Suroît, mais plus au sud-ouest, la clarté à l’air d’augmenter, peut-être que tout à l’heure il y aura des éclaircies. La rivière coule à ras bord, son eau est bien colorée mais je me rends compte qu’elle ne « charrie » plus de débris, c’est bon signe.
Comme équipement j’ai mon habituelle canne à fil intérieur de trois mètres quatre-vingt, d’action de pointe avec un moulinet Peerless-Bam modèle Ritm 80 MRT garni de seize centièmes fluo de chez Siglon monté dessus. Le bas de ligne lui est en quatorze centièmes de couleur neutre dans la même marque  il est relié au corps de ligne par un petit émerillon Baril de taille 20. Un hameçon MUSTAD numéro 10 référence 515 est fixé à ce bas de ligne par un nœud Tarbais et ensuite je pince cinq plombs numéros quatre ; avec ça je suis paré. Comme appât des vers de terreaux qui séjournent depuis plusieurs jours dans de la mousse humide saupoudrés de marc de café, ils sont bien fermes, c’est impeccable pour aujourd’hui. 

Je m’approche doucement en évitant de produire des bruits avec mes pieds, les poissons avec ces niveaux sont collés dans les bordures et ils sont loin d’être sourds ». Première coulée bien au ras de la rive, tant pis pour les accroches. La ligne parcours environ un mètre et c’est la touche, ferrage et voilà la première capture du jour ; un poisson de vingt-huit centimètres, au panier. Je prospecte encore sur quelques mètres les rives de la prairie et n’arrive qu’à y laisser cinq hameçons. Pêcher en aveugle juste guidé par les turbulences de la surface c’est prendre quelques risques, mais tant pis on n’as pas de résultats si l’on ne le tente pas.
Me voici parvenu à un poste que je connais bien, un ancien petit seuil de dérivation d’un canal (depuis bien longtemps comblé) qui servait à l’arrosage je pense. Il est de peu de hauteur, et sa présence occasionne un plat un peu plus profond et légèrement plus calme. Ma ligne plonge vite en tête au ras de la rive d’en face (ici le cours d’eau mesure entre cinq et huit mètres de large), juste contre les tiges d’iris sauvages. Légèrement tendue, elle glisse sur soixante centimètres et c’est une touche rapide qui me tire la ligne, ferrage immédiat et c’est encore une jolie fario qui virevolte en surface. Pas besoin de l’épuisette, je la sors d’autorité avant de lui faire rejoindre sa consœur dans mon panier tapissé de fougères. 



Je dépasse le vieux pont gaulois, et je continue à descendre en suivant  la rive droite.
Toujours pas de confrère en vue, c’est vrai qu’avec ce temps, certains ont dû s’abstenir, et puis ce secteur en temps normal est assez peu pêché, car l’eau y est très claire. Les locaux qui emploient des lignes un peu fortes y réussissent moins bien, seul les moucheurs aiment y venir ; aujourd’hui avec ce niveau et le teinte de l’eau ils n’y seront pas. Je ne pêche pas le trou situé dans le virage au-dessous, car pour l’aborder je dois circuler dans une partie marécageuse où je risque de laisser mes « bottes » vu l’imprégnation du terrain.
Me voici à un ancien bief d’un vieux moulin qui lui a disparu il y a très longtemps (on en retrouve seulement sa trace que sur les vieilles cartes de Cassini), il est long d’une vingtaine de mètres,  que je m’empresse de fouiller avec application, il me donne quatre poissons dont un de trente-cinq centimètres, la taille ici est à vingt centimètres et le quota (à cette époque) à vingt prises.
Les truites de cette zone ne sont jamais bien grosses, parfois quelques unes approchent les quarante centimètres, mais elles sont rares.
Je continue et je dépasse sans pêcher encore une prairie plus que « mouillée » en circulant loin du bord sur le sol plus dur tout contre le talus du bois. Je suis à présent arrivé juste au-dessus des courants dits de « Pont Ar Roz », le niveau me semble-t-il à l’air de baisser légèrement.
Ici c’est classique, quand la pluie cesse dans « la montagne » au-dessus de Commana l’eau est vite à la baisse ; elle diminue en passant dans les tourbières, ensuite elle va en s’éclaircissant très vite.
Je modifie ma plombée en rajoutant un autre plomb et passe ma ligne contre un arbre tombé dans l’eau dont la souche a fait se creuser le fond devant elle en créant une petite fosse qui se prolonge contre l’aval de la rive en face. Les branches présentes sous l’eau risquent de me poser des problèmes, mais tant pis. Le courant est un peu plus fort dans cet étranglement, c’est pour cela que j’ai rajouté un plomb.
Ma ligne passe pour la deuxième fois en tête des branches immergées quand/ je ressens un toc sourd et constate un arrêt brutal de la dérive.  Je ferre et j’ai l’impression d’être accroché ?
Une branche ?  J’accentue la traction, et là, soudain c’est un rush violent vers l’aval suivi d’une chandelle. Mon adversaire est un joli saumon d’environ huit livres.
Je tente (sans trop d’espoirs) en douceur de le faire remonter. Il y consent tranquillement, passe au-devant de moi et soudain se rue vers l’aval en se roulant sur l’eau, je le bride doucement. Il se replace dans la veine d’eau centrale et tient le fond. Vu la fragilité de ma ligne je ne peux pas faire grand-chose. Soudain il se rue vers l’aval à grande vitesse, effectue un énorme bouillon en surface et ce que je pensais bien qui devait arriver, arrive : c’est la casse.
Bravo à lui, ce poisson s’est bien défendu et avec le matériel que j’ai je n’avais pas trop de chances surtout vu la difficulté du poste. Il ne me reste plus qu’à refaire mon montage et à aller tenter ma chance plus bas. La pluie a cessé, je peux rouler mon imperméable dans le carnier de mon gilet  et continuer plus à l’aise. De postes en postes les heures ont tournées et me voici arrivé au viaduc du chemin de fer, je vais m’arrêter là. 

Midi sonne, cela fait presque quatre heures que je pêche, j’ai dix poissons dans mon panier, cela est bien largement suffisant. Je m’en vais retourner à mon véhicule en coupant par un ancien chemin agricole au travers des champs  pour aller  « manger un morceau ». Ensuite, je vais changer de canne et de matériel, pour tenter de voir si le saumon de ce matin n’est pas remonté jusqu’ici avec des confrères.
Je n’aurai pas pensé que profitant de cette petite crue printanière les saumons soient montés aussi vite et aussi haut. 



Robert Menquet

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