Fermeture 2017 : une jolie contribution d'Alphonse Arias...

CAPRICE D’ENFANTS


4° C ! Je viens de dire à Isabelle qui trouvait l’air frisquet que la température était de 12°… Oui, mais c’était au départ de la maison ! 7h30, ce vendredi précédant la fermeture « truite » 2017, nous sommes au petit parking de la Fruitière, en amont de Cauterets et en m’apprêtant, j’aperçois la montagne parsemée de neige.
Hier soir, j’ai fait une fixation sur le gave du Lutour. J’ai eu envie d’être sur ses rivages, d’entendre ses cascades gronder, de ressentir l’ivresse de ses embruns, d’être dans l’intimité de ce torrent et… bien sûr de m’émerveiller de ses farios de légende… Je vais marcher une bonne heure et commencer la pêche juste en aval des cascades. Isabelle pêchera au parking et nous avons rendez-vous à la 2ème passerelle à midi pour faire honneur au casse-croûte qu’elle portera.
Je suis pimpant comme un gamin qui espère prendre sa première truite. Je suis impatient de partir quand Isabelle me tend le sac à dos tout en faisant l’inventaire de son contenu (coupe-faim, eau, polaires, imper, écharpe…). Sans elle, je l’oubliais…
Un petit bisou et je vole à grandes enjambées de cuissardes sur le sentier de rando rendu glissant par la pluie de la nuit. Mon regard est scotché au torrent et ¼ d’heure plus tard je succombe à l’envie expresse de commencer à pêcher. Les truites saluent ma passion et les touches sont nombreuses. Je savoure la magie des farios dans ma main, toutes en nageoires, et dont la robe multiplie les taches rouges et noires. Je décide de n’en garder que 4…
Le sentier rejoint la rivière à la 1ère passerelle où 6 randonneurs sont en pleine discussion. Je ferre une belle à qui je rends la liberté. On me photographie, alors que certains me font des gestes que je ne comprends pas. Je pense avoir un sens du partage, mais là, je suis avec les truites sauvages et seulement avec elles… Les randonneurs s’éclipsent et me voilà à nouveau en communion avec la nature.
Pas longtemps, car en caressant une sirène, un couple me regarde en me saluant. Ils sont à peine en aval de ma position et, comme je pêche vers l’amont, ils ne me gênent pas ; 5 minutes après, ils me passent devant, s’approchent de l’eau et se juchent sur un rocher pour scruter le torrent. Ils semblent passer minutieusement au scanner le milieu aquatique. Probablement, comme ils m’ont vu prendre une truite, ils cherchent les autres…
Un œil sur ma montre… Évidemment, je suis encore en retard pour le rendez-vous !
J’arpente à grandes enjambées le large sentier et, ¾ d’heure plus tard, j’aperçois enfin, sous un rayon de soleil timide mais complice, la passerelle. Il va être 13h ! Bof, 1h de retard, Isabelle a l’habitude !
Personne à la passerelle… Ma pêcheuse n’est pas là ! Comme j’avais dit que j’allais commencer aux cascades, elle doit avoir suivi le sentier en amont, espérant me retrouver…
Passablement inquiet, j’attends une dizaine de minutes et décide de continuer la pêche sur le lieu de rendez-vous. Je décroche une jolie truite et j’entends Isabelle m’appeler. Sortie d’où on ne sait, elle me fait signe avec le bras. Elle n’a pas son sac à dos, juste un petit sac plastique à la main…
Je plie la canne. Je ne vois plus Isabelle, disparue, évanouie, perdue ! Et la passerelle brille par l’absence de ma pêcheuse !
Je l’appelle et, après plusieurs tentatives, je vois ma petite femme 50 m en amont du lieu fixé pour les retrouvailles. Un bâton est planté au sol et arbore une casquette. Son sac à dos est posé sur la pelouse et le casse-croûte est prêt ! Elle a cueilli des lactaires et des rosés des prés… Au Parc National !
Surprenante Isabelle qui pensait que je verrais le bâton et la casquette, préférant se tenir un peu à l’écart de la passerelle afin d’éviter ainsi les randonneurs…
Le reste de la journée sera plutôt mouillé, sous des averses et des truites chipoteuses. Que voulez-vous, quand on fait un syndrome obsessionnel aigu, il faut assumer !
Quelque part, n’est-ce pas la richesse d’avoir une passion n’ayant pas pris une ride en plus de 60ans ?

Alphonse Arias

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